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DIOP, Mamadou, La multivalence du sacré dans l’œuvre de Léopold Sédar Senghor. Négritude, Universalité, Géopolitique, Éditions universitaires européennes, 2010.

D 15 avril 2016     H 02:12     A Mamadou DRAMÉ     C 7660 messages


Revue d’Études Africaines n°2.
Littérature, philosophie, sociologie, anthropologie et art.
Année 2015

DIOP, Mamadou, La multivalence du sacré dans l’œuvre de Léopold Sédar Senghor. Négritude, Universalité, Géopolitique, Éditions universitaires européennes, 2010.

Auteur : Mamadou DRAMÉ, Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Sénégal

L’auteur s’est donné, dans son livre, la mission de revoir l’œuvre de Senghor en proposant de nouvelles grilles d’analyse de cette œuvre poétique. Il ne s’agit pas pour lui de reprendre à son compte les acceptions des concepts qui ont jalonné l’œuvre du poète-président, mais de revoir ces concepts, de les analyser à nouveau, de montrer par rapport à notre époque la pertinence qu’ils peuvent avoir.
Pour une analyse pertinente, l’auteur a fait usage naturellement des procédés classiques comme l’intertextualité et les types d’approche formelle, mais il a aussi interrogé les modèles théoriques africains, la question de la poésie africaine en soi, avec ses particularités rythmiques et la question de l’évolution du sacré.
Il débute son travail par un rappel de la « trajectoire senghorienne, de la Négritude à l’espace-monde ». Dans le premier chapitre de cette partie, Mamadou Diop revient sur les influences de Senghor, notamment son parcours académique (l’étude des lettres classiques), ses origines africaines mais également les penseurs qui ont travaillé sur le continent et qu’on a coutume d’appeler « africanistes ». À la suite de ces éclairages qui auront leur importance dans la suite du travail, M. Diop évoque les maîtres mots de toute la pensée de Léopold Sédar Senghor, « l’enracinement et l’ouverture ». Les précisions terminologiques qui débutent cette partie donnent l’occasion de comprendre des concepts qu’il va utiliser pour analyser le texte senghorien, notamment la question de l’« inculturation », celle du « syncrétisme » mais aussi de celle de l’ « assimilation » (qui n’est malheureusement qu’évoquée).
Selon Mamadou Diop, la pensée de Senghor a une forte connotation divine. Elle repose sur le sacré antique, notamment la mythologie grecque et latine, mais aussi les religions traditionnelles africaines et la religion chrétienne. C’est ce qui justifie qu’on retrouve beaucoup de références à l’hellénisme. On note aussi une forte coloration biblique, et le récit de mythes africains. Seulement, ces influences ne se superposent pas. Elles sont dans une sorte de syncrétisme qui crée une convergence entre les différents imaginaires. Cela se ressent jusque dans le rythme qui est plus africain qu’autre chose, mais qui a des relents de prière par moment. C’est ce qui fait dire à Mamadou Diop qu’il s’agit d’une « poésie-prière ».
Le poète, considéré par le formateur de l’École normale supérieure de Nouakchott comme un poète itinérant, joue sur la multivalence des rythmes, multiplie les types de versets en s’amusant à les allonger ou à les raccourcir au gré de ses besoins d’expression. Ce qui fait de sa poésie une musique ou une poésie qu’on peut facilement poser sur de la musique. Senghor donne le ton en proposant des instruments de musique.
Mamadou Diop termine son texte en traitant des perspectives géopolitiques pour montrer l’ouverture qui caractérise la production poétique de Léopold Sédar Senghor.
En définitive, Mamadou Diop a proposé une lecture très pertinente, parce qu’actuelle, de la poésie de Senghor. Il ne s’est pas limité aux concepts classiques et aux analyses ordinaires qui sont souvent produites sur le poète. Il a essayé d’aller plus loin en proposant une analyse thématique qui part des influences à la thématique à proprement parler. Il a associé à cette étude une enquête sur ce qui fait l’essence de la poésie, la métrique et le rythme.
C’est un livre d’une haute facture et qui apporte véritablement une nouvelle façon d’aborder l’œuvre de Senghor sous un angle novateur en évitant de répéter ce qui a déjà été dit sur le Président-poète.

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